L’essentiel
- Le boom chinois est terminé depuis des années. Reste un marché haut de gamme plus petit, qui demande de la patience et une préparation sérieuse.
- Le vin de l'UE supporte un droit d'environ 14 % que l'Australie et le Chili n'ont pas, et l'écart s'est creusé depuis le retour des Australiens. Mieux vaut donc se positionner sur la valeur plutôt que sur le prix.
- L'enregistrement GACC relève du producteur, pas de l'importateur. Anticipez-le : sans numéro valide, une commande confirmée peut rester bloquée à la douane.
Sommaire
La Chine intrigue tous les producteurs, et elle en a déçu beaucoup. Le marché est immense, il avance selon sa propre logique, et il demande une vraie préparation. Avant d'y envoyer votre vin, autant le voir tel qu'il est aujourd'hui, parce que l'image que la plupart des gens en gardent a une dizaine d'années de retard.
L'état du marché aujourd'hui
Le boom du vin chinois est terminé, du moins la version dont tout le monde se souvient. Les volumes d'importation ont fortement chuté depuis leur pic de la seconde moitié de la décennie passée, divisés par plus de deux par rapport à leur sommet, et la consommation par habitant est bien en deçà de ce qu'elle a été. La croissance frénétique qui faisait les gros titres a laissé place à quelque chose de plus lent et de plus sélectif. La France, le Chili et l'Italie dominent désormais le segment importé, et il existe un vrai segment haut de gamme, plus petit, qui cherche encore de bons vins portés par une histoire solide.
Un basculement a récemment durci la concurrence. En mars 2024, la Chine a levé les droits antidumping qu'elle avait imposés sur le vin australien, et les producteurs australiens, avides de reconquérir un marché perdu, sont revenus en force au moment précis où le marché global rétrécissait. Pour un producteur européen, cela veut dire plus de rivaux pour moins d'acheteurs. Rien de tout cela ne fait de la Chine un mauvais marché. C'est un marché arrivé à maturité, où mieux vaut avancer avec une idée précise de ce que l'on vend et à qui.
La donne tarifaire ne joue pas en faveur de l'Europe
Un point à intégrer dès le calcul du prix. La Chine n'a pas d'accord de libre-échange avec l'Union européenne, si bien que le vin de l'UE paie le droit d'importation standard chinois, autour de quatorze pour cent pour le vin tranquille en bouteille, en plus de la TVA et de la taxe à la consommation. Pendant ce temps, l'Australie, le Chili, la Nouvelle-Zélande et la Géorgie entrent en franchise de droits dans le cadre de leurs propres accords avec la Chine. C'est un désavantage de coût dès le départ, et il oriente le terrain où un vin européen peut réellement rivaliser : plus haut sur l'échelle de la qualité, là où l'histoire du domaine et la réputation comptent davantage que le prix en rayon. Chercher à s'aligner sur le prix d'une bouteille chilienne exonérée de droits laisse peu de marge.
L'enregistrement GACC, l'étape à anticiper
C'est l'étape qui prend le plus souvent les producteurs européens de court. L'autorité douanière chinoise est la General Administration of Customs of China, connue sous le sigle GACC. Selon des règles entrées en vigueur début 2022, tout producteur étranger de denrées alimentaires et de vin doit être enregistré auprès de la GACC, via son système d'enregistrement en ligne, avant qu'une seule bouteille ne puisse passer la douane chinoise. L'enregistrement produit un numéro unique rattaché à votre site, et ce numéro doit figurer sur les documents d'importation. Pas de numéro, pas d'entrée.
Point important : l'enregistrement relève du producteur, pas de l'importateur. Ce dernier a besoin de votre numéro GACC pour dédouaner l'expédition, mais la démarche revient à votre domaine. Le vin relève en général de la voie allégée de l'auto-enregistrement plutôt que de la procédure plus lourde réservée à certaines catégories alimentaires, et l'enregistrement est valable cinq ans avant de devoir être renouvelé. Le système a été mis à jour mi-2026, quand un nouveau décret douanier a fait basculer l'enregistrement vers une logique davantage fondée sur le risque, mais l'obligation de fond n'a pas changé : le producteur doit être enregistré. S'y prendre à la dernière minute peut laisser une commande confirmée bloquée à la frontière. Anticipée, la démarche reste une formalité ponctuelle. Les règles étant mises à jour périodiquement, mieux vaut confirmer les exigences GACC en vigueur avant de vous engager sur le marché.
Hong Kong, un marché distinct du continent
Hong Kong est un marché à part, qu'il ne faut pas confondre avec la Chine continentale. C'est un port franc : aucun droit n'y est perçu sur le vin depuis 2008, et le territoire se situe hors du système d'enregistrement GACC. Il a sa propre juridiction douanière, un négoce très structuré, et une scène d'enchères et de collectionneurs qui pèse bien au-delà de la taille de la ville. Pour beaucoup de producteurs, c'est là qu'ont lieu les premières conversations sérieuses sur la région. Vendre à Hong Kong ne dispense pas pour autant des formalités du continent : expédier vers la Chine continentale suppose l'enregistrement GACC et les droits d'importation.
S'y prendre à la dernière minute peut laisser une commande confirmée bloquée à la frontière.
Comment atteindre les bons importateurs
Reste la question centrale : comment les atteindre. Trois choses comptent. D'abord, ciblez juste. Les importateurs qui comptent pour vous sont ceux qui construisent des cartes haut de gamme, pas les gros acteurs du volume, et cela se voit à leur catalogue. Ensuite, acceptez le rythme chinois de la relation : la confiance se construit dans le temps, souvent sur des messageries comme WeChat, et un intermédiaire sinophone ou un distributeur local peut lever des malentendus qui feraient autrement échouer une négociation. Enfin, servez-vous des points d'entrée existants : les grands salons professionnels en Chine, à Shanghai et Chengdu notamment, réunissent ces acheteurs venus découvrir des producteurs, et Hong Kong reste souvent le premier terrain où nouer un contact sérieux avant la paperasse du continent. Ici comme ailleurs, la régularité compte : une présence dans la durée plutôt qu'un coup unique, parce qu'un importateur chinois prudent attend souvent de vous voir revenir avant de s'engager.
Comment cela fonctionne sur le terrain
Sur le continent, votre importateur gère le côté local une fois votre enregistrement en place, y compris la contre-étiquette en chinois apposée sur la bouteille. L'essentiel du commerce du vin se concentre dans les grandes villes côtières, Shanghai, Pékin, Canton, Shenzhen, et à Hong Kong.
La difficulté chinoise ne tient pas à la qualité du vin. Elle tient à la complexité du marché, à un calcul tarifaire défavorable aux producteurs européens, à une concurrence plus dense, et au petit nombre d'importateurs qui construisent des cartes haut de gamme réfléchies plutôt que de courir après le volume. Ceux qui réussissent font le travail peu spectaculaire : ils s'enregistrent tôt, ils assument un positionnement haut de gamme, et ils contactent les importateurs en direct et avec régularité, plutôt que d'attendre qu'un salon le fasse à leur place.
